On pouvait lire dans Le Mercure de France de 1738 " plusieurs horlogers se voyant exposés aux reproches de leurs pratiques qui prétendent que leurs montres ne sont pas justes parce qu'elles ne s'accordent pas avec un cadran solaire que chacun affectionne dans son quartier
Ce doute des acheteurs, sur la fiabilité des mécanismes,  va conduire des horlogers à fabriquer des pendules à temps vrai à l'aide d'une came , le cadran comportera deux aiguilles , l'une terminée par un soleil  pour le temps vrai, l'autre normale pour le temps moyen (1760à1800) !   De même ils confectionneront des petites méridiennes, en métal émaillé ou en fonte , qu'ils poseront sur leur magasin afin que les clients puissent régler leurs montres.
La Méridienne que nous voyons maintenant, n'est évidemment pas de Claude Chappe, elle remplace celle qui existait avant 1860 et tient compte, avec un peu de retard, des réflexions que nous venons de faire sur l'adaptation au temps

C’est une méridienne de temps moyen qui n'indique pas comme sur les cadrans solaires classiques les différentes heures de la journée, mais seulement l'instant du passage du soleil à Midi moyen  Elle doit tenir compte théoriquement :
-1 / de la différence entre le temps vrai, celui du soleil, et le temps moyen décompté régulièrement par une horloge
- 2 / de la position du soleil en hauteur dans le ciel,  la déclinaison qui est symétrique par rapport aux équinoxes de +23°26 au solstice d'été à -23°26 au solstice d'hiver

   Le style est dans le plan du méridien, il se termine par un disque percé d'un trou , et c'est uniquement le point lumineux issu de ce trou qui va nous intéresser . Il se projette sur la table plus ou moins haut suivant que le soleil est plus ou moins bas dans le ciel, selon la saison .
La table est  verticale, limitée sur son pourtour par un cadre de couleur rouge brun.
Un problème apparaît d’emblée : la position du chiffre 69. S'il était le symbole du Cancer il devrait se situer en bas de la courbe (comme sur l'ancienne méridienne). A l'endroit où il est ce serait le 359 ème jour, 25 décembre, date à laquelle la déclinaison du soleil devient visuellement croissante. Au   69ème jour de l'année  nous sommes le 10 Mars,  ce qui du point de vue gnomonique n'est pas une date significative. Mais peut très bien être une date particulière pour le réalisateur (?)
Le chiffre XII, suivi du petit soleil , précise que cette courbe est le lieu du midi moyen ,et que le point lumineux  va la  parcourir jusqu'au 172ème jour, au solstice d'été , la déclinaison étant croissante. Un autre chiffre XII nous rappelle le midi moyen. Puis le point lumineux remontera vers la gauche en coupant  la ligne descendante, passera à  droite de cette courbe,  culminera au solstice d'hiver (21 décembre) pour rejoindre le chiffre 69. Mais cette courbe peut également servir de calendrier en sachant à  quel moment de l'année correspond un lieu de la courbe, comme nous pouvons le voir sur le dessin.

Extrait de la photo des Musées du Mans
Que de problèmes pour ce XVIIIème siècle dans la détermination de l'Heure. Depuis Louis XIV, il fallait, on l'a déjà dit,  régler les pendules du Royaume "selon la marche du soleil ". La France vivait avec un temps variable tout au long de l'année. Mais les pendules et les montres que fabriquaient de savants horlogers devenaient irritantes, car elles n'étaient presque jamais  d'accord avec l'heure du soleil, en plus elles étaient de plus en plus précises ! Tout ceci était gênant pour les gens qui avaient l'habitude de faire confiance au soleil, dans l'organisation de leur vie quotidienne. L'adaptation des populations françaises à un temps fictif, qui ne prenait plus comme seul repère le déplacement apparent du soleil, fut assez longue. Il est intéressant, de trouver encore en 1926 dans un manuel destiné aux apprentis horlogers, une leçon sur la manière de confectionner une méridienne de temps moyen, où l'auteur ajoutait : "il n'en est pas moins à désirer, pour l'utilité publique, que ces méridiennes se multiplient, parce qu'elles offriraient à chacun un moyen direct de régler les montres et les pendules , sans aucun calcul ni recours d'aucune table"  , prudence ! ...  Où était la vérité ? ...
SOLEM QUIS DICERE FALSUM AUDEAT (Qui ose dire que le soleil se trompe).

Il n'est pas nécessaire de faire des calculs pour connaître l'heure. Quand le point lumineux est sur la courbe, il est Midi à  notre montre. En réalité 12 H - 48 secondes + 1 ou 2 H  été ou hiver.  Les 48 secondes enlevées tiennent compte de la position du Mans  à -12' Est par rapport au méridien international  origine 0  du Temps Universel Coordonné.  

 Mais ne prenons pas trop le temps de cette Méridienne comme un étalon, nous sommes bien trop précis ... dans nos contradictions. L'heure  est à la montre, et la réglementation du temps dépend d'une institution sociale, "puisque fixer l'heure est devenu une des attributions de l'Etat  laquelle est réglée non par le lever ou le coucher du soleil, mais par un décret qui paraît au Journal Officiel  et  non au firmament" .

 

HOTEL AUBERT DE CLAIRAULNAY

 

   C'est en 1777 que Mathieu Chesneau des Portes, Conseiller au Présidial, fit l'acquisition de cet Hôtel particulier construit en 1581 , qui porte maintenant le numéro 108 de la Grande Rue .
Comme le dit M André Bouton dans « La Vie pittoresque du Mans au temps des carrosses et des Chandelles" , il aménagea l'Hôtel de Clairaulnay dans le goût du XVIIIe", avec le dernier confort de l'époque. C'est peut être lui qui y fit installer un Cadran solaire et plus particulièrement une méridienne de temps vrai,  objet employé depuis longtemps sous cette forme et  toujours à la mode. Celle-ci existait encore en 1860. Nous en trouvons trace sur la photo de la collection  des Musées du Mans. Mais soyons prudents comme l'était Monsieur  André Bouton en écrivant "selon la tradition aurait été tracée par Claude Chappe "