BRÛLON

 La méridienne,         Les restes de la méridienne                La réhabilitation 

Carte postale ancienne

    La réhabilitation de la méridienne, sur la maison natale de Claude Chappe à Brûlon, était souhaitée par l’Association pour la Mise en Valeur du Petit Patrimoine sarthois (cadrans solaires).En dehors du symbole qu’elle apportait aux connaissances gnomoniques supposées des Chappe, la présence d’une méridienne de temps vrai est suffisamment rare dans notre Département pour y être protégée.
Monsieur Mayaud, l’actuel propriétaire de cette demeure, adhéra dès la naissance du projet à notre proposition, nous permettant d’envisager les travaux nécessaires. 
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En ce qui concerne Claude Chappe les textes sont nombreux bien entendu, pour l’invention du Télégraphe. Mais au sujet de la méridienne je n’ai rien trouvé de significatif, ni même une seule  allusion sur cette activité particulière. La seule mention intéressante, mais tardive, est la description de la façade de la maison faite par M. Paul Cordonnier :  ‘’Haute maison à étage du XVII ème début XVIII è. A gauche (vers l'Ouest de la façade) un ancien cadran solaire reste gravé dans un premier enduit, au centre sur le dernier enduit se voit un autre cadran solaire avec peinture très détériorée, conservant trois tiges de fer soutenant un disque percé d’un trou ’. Deux cadrans solaires pour une seule façade, voilà déjà un bon sujet de recherches.
Mais, "les trois tiges de fer soutenant un disque percé d’un trou" font penser tout de suite à une méridienne à l’exemple de la méridienne disparue de  l’abbaye Saint-Vincent. Mais de quel type de méridienne pouvait-il s’agir ? Méridienne de temps vrai ou méridienne de temps moyen. ?
Une carte postale  trouvée chez un collectionneur, puis une photo de la maison natale de Chappe envoyée par le Conservateur du Musée de la poste de Paris, ont enlevé  tous mes doutes. Une grosse ligne verticale apparaît en plein milieu d’un cadre de présentation. Nous sommes en présence d’une méridienne de midi solaire.  
Par définition : c'est une ligne droite  qui marque le ‘midi vrai’.  Elle est la trace verticale du méridien de Brûlon, et n'indique donc que le moment du passage du soleil à midi  en ce lieu.
Chaque jour de l'année, quand le soleil brillera, le point lumineux issu du trou du disque (œilleton) sera sur la ligne verticale à midi solaire. Il occupera une position différente en hauteur en fonction du moment de l'année où nous ferons l'observation. Ce point lumineux aura pour limites extrêmes dans son déplacement sur cette ligne : en haut le soleil au solstice d’hiver, et en bas le soleil au solstice d’été.

                
       

  

 

  

Sur le plan de la visualisation ces documents sont primordiaux : ils permettent d’identifier l’objet, et avec des calculs de proportions rapportés aux dimensions observées in situ, de rétablir par le dessin les grandeurs réelles de l’ensemble.
N’ayant pas d’autres éléments écrits au Mans ni à Paris sur cette méridienne, j’ai proposé à Monsieur Latron Architecte des Bâtiments de France, l’étude qui a conduit à la réalisation de la nouvelle méridienne de Chappe. J’avoue avoir hésité sur cette dénomination ‘ Méridienne de Chappe, rien ne prouve en réalité qu’elle fut réalisée par Claude.

Sur le mur où la méridienne avait été tracée, dans la partie supérieure, restait encore visible  une petite surface de la fresque, j’ai cherché une signification à son dessin et à ses couleurs et j’en ai  déduit 3 propositions.



La fresque au sommet de la méridienne

1-Une matérialisation des observations faites par Monsieur le Professeur Blamont de l’Académie des Sciences, dans son excellent livre sur Vénus Dévoilée, aiguisait ma curiosité.
On y observe les phases du passage de Vénus sur le disque solaire et la forme de la ‘goutte d’eau’ qui en est  issue.  Pourquoi ceci me faisait-il penser au dessin de la fresque ?.
Le fond bleu-vert est souligné par de grands traits ondulés comme pour une chevelure. De là à évoquer Venus ou Aphrodite  ! j’ai honte. Pourtant dans la description de Vénus dans ’’Abrégé de l’Astronomie inférieure ‘’ C’est de Venus iffuë de la mer, & des retranchements du ciel, par la faux de  Saturne que les Chymiques pretendent marquer la  nature Comme il fe voit en ce que l’humidité feule eft capable de faire produire à Vénus vne roüilleure verte , qui eft une marque de ce que les elements de fa premiere impofition n’ont pas receu vn appronfondiffement affez fort entre eux pour refifter à cette diffolution, qui fe trouve fi facile, que la moindre humidité pontique, reduit tout le corps en verdure,& expofant aux yeux ce qui étoit caché deffous la couleur rouge, decouure combien ce corps eft imparfait….Mais l’impureté de Venus eft pleine de malice, exhalant de fon corps vne odeur tre-mauuaise, & fa fuftance reduite au vitriol’’
Alors … les lectures deviennent dangereuses au XVIIè siècle ; je me garderai d’aller vers l’hermétisme et ses philosophes.
Cette hypothèse de la représentation de Vénus,  ne se vérifie pas sérieusement.  La couleur des pigments de notre fresque ayant d’ailleurs changé depuis la première  implantation.
‘’La photo de la fresque n’a rien éveillé en moi m’écrivait d’ailleurs  Monsieur le Professeur Blamont, sauf le chapeau de Cadet Rousselle’’.
 Abandonnons cette piste, pour en reprendre une autre peut être aussi aléatoire. Où il ne peut plus être question de Jean Baptiste

2-Dans le registre paroissial de la commune de Brûlon  l’Abbé Beucher note en 1784:
’A Brûlon on a voulu faire les petits Montgolfier. M. Suard, ancien trésorier de France à Alençon, propriétaire de la maison appelée la Grande Vigne ,  avec M l’abbé Chappe , neveu de M. Chappe qui a fait le voyage en Sibérie , ont lancé un ballon le 16 octobre à 5 heures 5 minutes du soir ; il s’éleva très promptement au grand applaudissement de tous les spectateurs  , monta très haut  , fut visible pendant 10 minutes et tomba , dit -on , en la paroisse de Cossé .
Pouvait-on assimiler la forme sphérique, la couleur orangée à un ballon sans nacelle ?  et penser à la symbolique de l’expérience qui permettait de dater cette méridienne.
Là encore aucune preuve ne peut étayer cette hypothèse tentante. Par contre j’aime bien la précision de 5h et 5 minutes. Ces 5 minutes me font penser à la connaissance du temps de manière exacte à l’aide d’une montre ou d’un quelconque ‘garde temps’ étalonné sur la méridienne.

3-Enfin une dernière supposition toute simple cette fois : la représentation d’un globe terrestre, avec une bande blanche de la zone des tropiques de part et d’autre de l’équateur . Quel dommage ! Quelle tristesse !
Heureusement, j’ai  la chanson de l’armée des volontaires de 1792, j’ai  énoncé mes trois propositions et ce Cadet Rousselle me plait, assez  même pour en porter le chapeau…

   En abandonnant ces hypothèses, cheminement agréable de l’esprit  dans ce monde merveilleux qui prend naissance dans le Siècle des Lumières, nous nous sommes bornés uniquement comme il est d’usage, à maintenir en état cette fresque en la ‘’fixant ‘’. Peut être qu’un jour ... une personne plus perspicace que moi  pourra élucider le problème soulevé par ce dessin.
J’avoue humblement  ne pas avoir réussi à trancher quant au nom du premier réalisateur. J’aime beaucoup mieux rester dans le domaine des hypothèses qui restent encore à vérifier, les affirmations qui attribuent à Claude Chappe les méridiennes du vieux  Mans ou de Brûlon ne procèdent d’ aucune preuve historique, d’ailleurs Monsieur André Bouton en sage historien, écrivait à ce sujet pour la méridienne du Vieux Mans située sur l’hôtel de Clairaulnay  ‘’selon la tradition aurait été tracée par Claude Chappe ‘

Je l’ai  donc réhabilitée dans l’esprit de ce qui se faisait au XVIIIe siècle .

-Réhabilitation de la méridienne Chappe-