Le point de notre recherche en 2013


Nous reprenons les documents, en notre possession, exploités lors des investigations sur les cadrans solaires et les horloges de la ville du Mans, pour nous intéresser plus particulièrement au Sieur Boutelou. La publication d’un article à son sujet dans le Bulletin des Amis de l’Abbaye Saint-Vincent Vincentiana 1 me fut une ouverture pour aborder une autre piste, grâce aux recherches de Madame Sylvie Granger 2.
Les différentes étapes :
En 1736 l’échevin Véron3 déclare s’être rendu à l’horloge de Saint-Julien et l’avoir trouvée en si mauvais état que sa réfection s’impose ; le bureau municipal est unanime à approuver la construction d’une horloge neuve. Le marché est traité aimablement avec l’horloger Boutelou.
Le 19 juin 1762 deux échevins présentent un rapport dans lequel ils déclarent « avoir engagé le R.P Bedos, religieux bénédictin de l’abbaye de Saint Vincent, à visiter les horloges de la cathédrale et de la Cigogne et qu’après un sérieux examen, il leur avait démontré que ces deux horloges étaient à refaire » Mais Dom Bedos doit repartir à Saint-Denis et charge son élève le Sieur Bory 4, avec lequel il a déjà conduit le travail de Saint-Vincent, pour mettre le projet à exécution. Voilà donc le premier assistant en horlogerie de Dom Bedos.
1777
Le cadran solaire de la Couture
Dans l’étude de Sylvie Granger, les personnages de Nicolas Boutelou père et fils sont bien développés. Le père, « maître orlogeur », meurt dès 1741, mais sa veuve se remarie aussitôt avec un autre horloger. Le fils, de prénom Nicolas également, qui grandit donc dans ces milieux d’horlogers, de serruriers (son parrain) et de tourneurs (son grand-père paternel), est formé à la musique au sein de la psallette de la cathédrale. Après des études chez les Oratoriens du Mans, il devient organiste de Saint-Vincent et du couvent des Jacobins. Il est jugé par Boyer 5, qui se souvient de lui comme d’« un homme instruit dans les sciences » et il précise : «  il réussissait à réaliser des cadrans solaires ».
Durant nos conversations avec Monsieur Gérard Bollée, afin de développer le thème des cadrans solaires Bollée au Mans, mon interlocuteur me présenta un livre de Dom Bedos de Celles : La Gnomonique pratique, ou l’art de tracer les cadrans solaires…, édition de 1760, propriété d’Ernest-Sylvain Bollée. Cet ouvrage qui montrait la curiosité intellectuelle de son ancêtre, avait appartenu en 1771 à Nicolas Boutelou, comme l’indique l’ex-libris sur la première page.
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Il s’ensuivit des comparaisons méthodiques entre les textes des éditions de 1760 et de 1774.
Cette étude me conduit à quelques interrogations et observations :

  1. Qui a fait des corrections dans le texte ou introduit des calculs supplémentaires dans cette édition de 1760, ayant appartenu à Boutelou à partir de 1771 ?
  2. Les ajouts de calculs gnomoniques ne peuvent provenir que d’une personne très au fait de la question.
  3. Serait-ce Boutelou lui-même, que l’on dit instruit dans les sciences ?
  4. Ou un autre personnage se trouvant au Mans à cette époque, et qui aurait un rapport avec un lieu à la hauteur du pôle de 48°15’ ? Des calculs joints sur des feuilles parfaitement incluses dans la reliure, ainsi que des dessins pour cette latitude y sont établis.
  5.    Il faut remarquer que si certaines annotations effectuées sur le  livre de 1760 ne sont pas reprises par Dom Bedos dans l’édition de 1774, d’autres y sont bien présentes et parfois développées différemment.

  Une étude graphologique sur l’écriture de Bedos, tant avec des documents fournis par la bibliothèque d’Orléans, qu’avec ceux de MM. Hans Steinhaus et Guilhem Beugnon, n’ont pu établir formellement que l’écriture des ajouts, apportés à l’édition de 1760, sont de la main de Bedos. Quant à l’écriture de Boutelou, les actes retrouvés ne comportent que des signatures, ce qui ne suffit pas à en établir les caractéristiques.
En forme de conclusion…pour notre cadran.
Je pense que Dom Bedos a bien envisagé la réalisation du cadran de la Couture, qu’il en a réalisé le dessin, mais que pour des raisons liées à son état de santé, il n’a pu mener complètement cette mise en place. Le 23 octobre 1777, Dom Bedos écrit d’ailleurs depuis Saint-Denis au Chanoine Larcher « Pour ce qui regarde le voyage que vous me proposez, je ferai tout au monde pour l’entreprendre. Je suis encor impotent de la main droite : aussy j’ai été obligé d’une main étrangère pour écrire la présente lettre »6. 
Je remercie Madame Sylvie Granger qui a bien voulu partager un bon nombre de mes interrogations, ainsi que Messieurs Hans Steinhaus et Guilhem Beugnon. J’ai puisé dans leurs livres et articles des références qui ont étayé le cheminement de ma recherche.


1 Sylvie Granger, « Le dernier organiste du dernier orgue de l’abbaye : Nicolas Boutelou (1739-1803) », Vincentiana, Le Bulletin des Amis de l’Abbaye Saint-Vincent [du Mans], n°3, septembre 2007, pages 23 à 27.

2 Maitresse de conférences en Histoire Moderne à l’Université du Maine (Le Mans).

3 Gelineau, Les horloges anciennes, Sciences et Arts, 1933, page 95

4 Gelineau, Idem page 96

5 Médiathèque du Mans, fonds Maine, 4° 2423, Michel Boyer.

6 Dans : Dom Bedos de Celles Hans Steinhaus - Guilhem Beugnon. XXeme cahier de la Société Archéologique Scientifique et Littéraire de Béziers-2008. Page 43

Photo 1984 (collection privée)                             
L'ensemble est souligné par trois lignes de pourtour qui forment le cadre. Des documents  qui m'ont été fournis par M. E. Bouton,  il ressort que ce cadran en 1983 était en mauvais état "toutes les lignes indiquées sur le relevé apparaissent en partie sur l'enduit existant ainsi que les flèches des lignes 1h30 2h15 2h30, sur la partie gauche du cadran aucune indication existante.
Ceci nous montre  la fragilité des enduits et des couleurs de ces époques ( la photo de la précédente restauration ne comportant plus déjà de courbe méridienne ) . Dernière restauration 1984.  Le Cadran est visible  depuis le petit jardin intérieur de la Préfecture. En 2007 les traces peintes sont complètement effacées.
Photo, P. Deciron, 2007
Abbaye de Saint-Denis, 1765
Abbaye de Saint-Denis 1765

Les méthodes employées pour le tracé des lignes horaires sont le plus souvent  géométriques, vérifiées par des calculs de trigonométrie . La pose du style en métal, dont l'ombre indique l'heure solaire  restant la partie la plus délicate dans la réalisation du cadran, demande l'aide de trois personnes pour le  maintenir dans les positions angulaires impératives.

Les différents éléments du cadran

      Sur la table,  sont peints les chiffres romains des heures de VIII heures du matin  à IIII heures 1/2  du soir. La ligne de  Midi est verticale et les lignes des heures sont interrompues dans leur convergence vers le centre par un croissant diffus .La ligne de la 1/2 heure est plus courte et se termine par une flèche ; la ligne du 1/4 d'heure encore plus petite se termine par un point.  Les angles horaires sont fonction de la latitude du Mans (48°) et de la position de la table par rapport au Sud.   Le style en métal part du centre du cadran, et est soutenu solidement dans sa positon angulaire par des pieds en forme de volutes ; son sommet  se termine en pointe de flèche. Il comporte sur son parcours un disque solaire doré  à la feuille qui pouvait être percé d'un trou projetant un point lumineux sur la ligne de midi et permettait l'emploi d'une courbe de temps moyen. On retrouvera d'ailleurs, sur le dessin de DOM Bedos réalisé pour l'Abbaye de Saint Denis,  les mêmes éléments gnomoniques présentés dans son ouvrage de 1780  et particulièrement un style en métal semblable qui conduit à la courbe en forme de 8.


Il ajoute: "Depuis quelque temps , le goût s'est déclaré pour les Méridiennes . Celle du temps moyen, inventée par Grandjean de Foussy , est si curieuse et en même temps si utile , que j'ai cru faire plaisir au Public d'expliquer for au long tout ce qui concerne cette matière" .  Notons  au passage qu'une récente étude ne permet plus d'attribuer à Grandjean de Foussy l'invention de la courbe du temps moyen (A. Gotteland).


L'ombre du style va parcourir cette table du matin jusqu'au soir dans le sens inverse des aiguilles d'une montre , elle sera plus ou moins longue durant l’année en fonction de la hauteur du soleil .

 

Cadran en 2007
C'est au dessus de cette dernière, sur un contrefort de l'Abbatiale, que fut établi un Cadran solaire,  en 1777, et l'on pense tout de suite à DOM François Bedos de Celles(1706 1779) puisque ce Mauriste, de l’Académie des Sciences de Bordeaux et Correspondant de celle de Paris,  faisait de fréquents passages en notre ville. Bien des Abbayes d’ailleurs lui faisaient appel car il était  la bonté même et chacun voulait partager son savoir.
Dans l'état actuel de nos recherches nous ne pouvons dire  qu'il s'agit là d'une de ses œuvres, il en fut certainement l'inspirateur quand on regarde le dessin qu'il réalisa en 1765 pour l'Abbaye de Saint Denis lequel préfigure celui de la Couture. Des recherches récentes nous orientent vers son élève habile dans la construction de cadrans solaires auquel il fait confiance et qui exécute les travaux en son absence du Mans.
Les Mauristes introduisirent donc en cette Abbaye, comme dans bien d'autres , une notion plus précise du Temps .
Période faste en gnomonique de par la nécessité de connaître l'heure le plus exactement possible, dans  ce siècle où l'on se contente du "comment "des choses et où l'Encyclopédie diffuse "les Lumières". Cet enseignement profitait aux ecclésiastiques érudits de notre région et stimulait également les quelques cadraniers plus ou moins compétents qui traçaient de manière souvent empirique les horloges solaires sur des édifices publiques ou religieux.
Mais revenons à DOM Bedos pour connaître les méthodes appliquées à cette époque sur ce type de cadran en relevant dans le texte quelques étapes résumées de la confection.
 "Avant de tracer un cadran fur un mur, il faut préparer l'endroit où l'on veut le placer ,afin qu'il foit bien plan , c'eft à dire bien droit en tous fens & bien à plomb . On compofera ainfi le nouveau mortier : on aura un bon tiers de chaux qui ne foit pas récemment éteinte , deux tiers de gros fable , & une partie confidérable de brique pilée que l'on appelle ciment . On gâchera le tout , fans y mettre de l'eau , jufqu'à ce qu'il foit bien incorporé enfemble .  On paffera à travers un tamis de crain le fable et le ciment , & avec ce mortier qui fera fin comme du plâtre , on paffera par-tout un enduit que l'on unira foigneufement . Le plan étant fini & bien fec , on y paffera une couche d'huile de lin ou de noix chaude & l'on continuera de fuite à paffer de l'huile tant que le plan pourra s'en imbiber .Après que ces couches d'huile feront parfaitement fèches , ce qui arrivera en douze ou quinze jours on y paffera une couche de cérufe à l'huile . On fera paffer la dernière couche à l'huile : il convient que ce foit un bleu clair , de la m:ême couleur que le ciel , dont le cadran est la repréfentation .On paffera deux couches de noir fur tout l'axe , que l'on peut orner par des enroulemens dorés à l'huile . Le bleu & le noir étants fecs , on tirera les lignes horaires de la groffeure convenable ,c'eft à dire d'une ligne ou environ plus étroites que la groffeure de l'axe  .En ce qui concerne la grandeur des chiffres : " Il convient de dire ici que la meilleure proportion pour ces chiffres horaires  , qu'on fait le plus ordinairement Romains , eft de leur donner le double plus de hauteur que de largeur , on les dessinera au crayon , leur donnant une grandeur & un corps suffifant , felon l'élévation où fe trouve le cadran . Par exemple  , on donnera 12 pouces de hauteur , fur 6 pouces de corps  , fi le cadran eft élevé ; fi c'eft un V on lui donnera par exemple 12 pouces de hauteur fur 6 de largeur en dehors , fans y comprendre les deux cornes , qui doivent être de fuperflus . A l'égard de leur corps , fi le chiffre a 12 pouces de hauteur , l'on fera leur gros trait de 2 pouces de largeur , et leur trait fin de 4 lignes feulement . On terminera enfin le contour du cadran , felon le lieu où il eft; il aura une forme quarrée , ou ronde , ou ovale , ou octogone etc.. ou bien on y fera des ornemens qui doivent occuper le moins d'efpace qu'il fe pourra , afin de ne pas rendre le cadran plus petit "

Quels étaient les instruments nécessaires à la confection de ces cadrans ? Nous les trouvons à la planche 3 du livre de DOM Bedos :

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Cadran dans la cour intérieure de la préfecture.
Planche 3 de la Gnomonique Pratique Dom Bedos de Celles
18 - le fil à plomb en cuivre
16 - le compas de cuivre ou de fer
17 - le niveau à bulles d'air
19 - le faux style pour prendre la déclinaison des murs verticaux
20 - le faux style pour les plans horizontaux
21 - double équerre en bois pour la pose du style-axe
22 - triple équerre pour les cadrans sans centre
Ces trois  derniers instruments sont spécifiques au métier de cadranier et avaient été réalisés par  A . Deparcieux  de l'Académie Royale des Sciences de Pari.

 

ABBAYE DE LA COUTURE

(consulter le dossier sur la réhabilitation ici)

   L'Abbaye de la Couture, profite au XVIIIe, de ce profond mouvement de renaissance morale et matérielle que les Bénédictins de la Congrégation de Saint Maur introduisent dans leurs abbayes. Cette grande entreprise effectuée dès le XVIIe, était accompagnée de démolitions et de constructions de nouveaux bâtiments  .Comme à Saint Vincent,  les Bénédictins vont raser les bâtiments gothiques et entreprendre une reconstruction  de 1758 à 1775.
 "Fidèles au plan traditionnel , les Mauristes portent leur choix sur un cloître de plan rectangulaire ,  pourvu de galeries de circulation autrefois ouvertes sur trois de ses côtés  -à l'Est , au Sud et à l’Ouest - et doté dans sa partie Nord d'une fausse galerie " .