Il faudra attendre la fin du XIIIe et le début du XIVe pour voir apparaître des cadrans dont la tige métallique (le style) sera oblique sur la surface. Elle est dirigée vers l'étoile polaire et installée dans le plan du méridien du lieu, le soleil semble tourner autour de cet axe. Il s'agit là d'un très grand progrès emprunté aux  sciences Arabes. Mais les heures au moins devenaient égales. Il était temps d'ailleurs car un autre instrument de la mesure du temps prenait forme : l'horloge mécanique. De manière paradoxale le cadran va connaître un nouvel essor et accompagnera l'horloge pendant plusieurs siècles. Il faut dire que l'horloge  possède un mécanisme précaire, ses rouages sont  assez  grossiers  l'entretien est délicat et onéreux. On va donc utiliser le cadran solaire, s'il existe, ou en refaire si besoin est, car lui au moins indique l'heure de midi quand le soleil passe au méridien du lieu. L'horlogeur  devra "caler" l'horloge sur le cadran solaire. Il s'agit là d'une heure locale, presque intime, mais la notion de temps à cette époque est encore confuse, "chacun voit midi à sa porte". J'ai rencontré un Monsieur qui me disait encore dernièrement : "il est midi à Nogent" en insistant sur le fait que c'était à Nogent  et non ailleurs qu'il était midi. Chacun défend son heure et si elle peut être conviviale, elle dépend surtout à cette époque, d'un moment, d'une vie personnelle dans un espace restreint.
    En 1665 DOM Pierre de Sainte Marie Madeleine , de la Congrégation des Feuillants, fera paraître son traité d' Horlogiographie contenant plusieurs méthodes pour construire sur toutes surfaces , toutes sortes de lignes horaires et autres cercles de la sphère : " à l'usage des studieux architectes , des tailleurs de pierres et autres habiles ouvriers dont l'exercice journalier est de s'employer à construire de beaux bâtiments , somptueux palais , mais aussi de rendre plus agréable par ornements de cadrans et montres solaires ".
La Sarthe garde un grand nombre de cadrans  du XVIIe, mais encore quelques objets du XVIIe    Nous retiendrons en exemple celui de Saint Mars sous Ballon. Cadran horizontal sur ardoise réalisé en 1699 par l'Abbé Valiquet.
Merveille de précision et attestation d'un savoir gnomonique assez complet chez un Vicaire de campagne. Il est vrai que la Gnomonique est au programme des écoles de Jésuites à cette époque 
Des Prêtres vont confectionner ou faire réaliser pour les jardins de presbytères des cadrans beaucoup plus simples et parfois naïfs afin de savoir de manière plus économique que l'horloge, l'heure des offices. Ils indiqueront la manière de faire à des confrères de paroisses voisines  et il est normal de trouver plusieurs cadrans de même aspect dans une région déterminée. Mais le métier de cadranier, horologeur ou quadranier, n'était pas très développé en Sarthe et souvent, de manière plus discrète et empirique, la construction des cadrans incombait au maçon, au tailleur de pierres, au serrurier qui avaient une certaine idée sur la réalisation des horloges solaires. Mais l'on peut penser qu’elle pouvait être le travail d'une équipe nécessitant différents corps de métiers sous l'égide d'une tête pensante détentrice du savoir mathématique.
Un exemple plus complexe tout à fait significatif pour notre Département puisque très rare, est celui qui fut réalisé dans les années 1631 1640 au Château de la Groirie.
C'est un monument assez curieux d'aspect général peu habituel dans la classification des cadrans solaires . Polyèdre gnomonique dont les 4 faces sont ornées de cadrans indépendants : oriental occidental , équatorial , horizontal , en creux , en cône  ... tous ces cadrans indiquent certaines heures de la journée au fur et à mesure  que le soleil les frappe .
La Sarthe eut le privilège d'accueillir non seulement à la Groirie mais aussi à l'Abbaye Saint Vincent , DOM Bedos de Celles, Bénédictin de la Congrégation de Saint Maur. Son manuel ‘’la Gnomonique Pratique", édité en 1760 puis complété en 1780  , fut et reste l'ouvrage de référence pour les cadraniers et les amateurs de cadrans. Sur celui que je possède, un de ses confrères avait annoté sur la première page " DOM Bedos était l'homme le plus modeste que j'ai connu . Son ouvrage est ce que nous avons de mieux en ce genre."  Tout y est détaillé avec bonhomie, simplicité, mais efficacité,  la manière de tracer les cadrans, les mortiers employés pour dresser un mur à plomb, les instruments nécessaires à la réalisation compas, équerre, niveau ... »
C'est à partir de cet ouvrage que nous avons commencé la réhabilitation de quelques cadrans solaires sous l'égide de l'Association de Mise en Valeur du petit Patrimoine du Conseil Général , avec Monsieur Latron , Architecte des Bâtiments de France .
Au Moyen Age le village se développe  autour du clocher. Ce dernier fixe l'espace, le symbolise et les cloches ordonnent le temps .La journée va se diviser en 7 comme le temps des prières. Les cadrans solaires apparaissent sur les églises pour indiquer le temps des offices. Ce sont des cadrans verticaux composés de secteurs inscrits dans un cercle, avec un trou central dans lequel  était fixée une tige en bois ou en métal, perpendiculaire à la surface. Ces cadrans indiquaient des heures inégales .Sur un cadran à 6 secteurs, prime se chantait lorsque l’ombre se situait entre les lignes XII (horizontale) et II ; tierce entre II et IV, sexte à la VI e heure (verticale heure de midi);  nones entre VIII et X, vêpres entre X et XII et complies à partir de XII .
Parfois plusieurs cadrans étaient tracés les uns à côté des autres comme si le prêtre s'était rendu compte des différences entre les heures indiquées tout au long de l'année et en avait fait un pour chaque saison (cadrans dits canoniaux).

Sur la façade de l'église de Parigné l'Evêque où le cadran et l'horloge cohabitent depuis longtemps le décalage  entre les heures indiquées par l'horloge et par le cadran fait douter les habitants de l'exactitude de l'un et de l'autre ...

Les cadrans d'églises sarthoises sont en général assez stricts dans leur aspect visuel. Les traits sont noirs ainsi que les chiffres des heures, le style en métal est sobre, rectiligne et l'ensemble est gravé directement sur la pierre ou réalisé sur un mortier à base de chaux. Point de fantaisie : l'heure qui passe se contemple sérieusement. Sur les cadrans en ardoise le sujet est traité de façon plus souple, le dessin, les couleurs, égayent l’ensemble.

   Survolons le Siècle du Roi Louis XIV où toutes les horloges depuis 1641 , doivent être réglées suivant le cours du soleil , puis celui du siècle des lumières où la science détrône la métaphysique , pour constater que la Gnomonique fera l'objet d'une importante littérature spécialisée de la part d'ecclésiastiques , de mathématiciens , d'architectes du Roi .

Copie de Lancret  Sarthe

Rêverie de Fragonard, Musée Frick New York             
Tableaux  XVIIIe

Cadran horizontal sur ardoise 1667 collection particulière

Aux XVI et XVIIè les cadrans Sarthois verticaux ou horizontaux sont tracés sur une surface plane, la Table, sur laquelle sont gravées ou peintes les lignes horaires, ils comportent une tige métallique ou l'arête d'un corps, le style dont l'ombre projetée sur la table marquera les heures. Les lignes horaires convergent vers le centre du  cadran où le style prend naissance. Parfois ce centre se situe en dehors de la table. En ce qui concerne les cadrans verticaux sur les façades d'églises ou de châteaux, la position de la surface sur laquelle ils sont réalisés est très importante car on trouve rarement une façade exposée "plein Sud". Ces cadrans sont dits déclinants.

le cadran est un objet qui doit indiquer l'heure, la vraie, celle du soleil, par des méthodes mathématiques liées à l'astronomie, il laisse place, sur sa surface, à un peu de fantaisie. Il est fréquent de voir dans ses angles, ou concentriquement au style, des sculptures, des gravures  qui représentent les signes du Zodiaque,  la lune,  le soleil, des scènes de la vie des champs ou même le passage de comètes. Les cadrans inspirés par les Jésuites  possèdent souvent le monogramme IHS. Suivons le Docteur Dubreuil : "On sait que ce monogramme  est de date relativement récente et que c'est au temps de Saint Bernard qu'il se propagea dans les pays latins. D'origine grecque, il est composé des trois premières lettres du mot IHSOYS. Cette interprétation ne tarda pas à être déformée en JHS pour Jésus Hominum Salvator"

 

PRESENTATION

 

La majorité de nos églises sarthoises possédait un cadran solaire de réalisation plus ou moins élaborée, en fonction de l’époque de la confection. La manière de vivre selon le soleil fut encore très présente dans nos campagnes jusqu’à la guerre de 39-45. Il est amusant de trouver sur des linteaux de portes de maisons rurales, les vestiges de gravures de lignes horaires accompagnées d’un gros clou pour indiquer l’heure. Les grandes évolutions dans la détermination du temps, accompagnent les transformations dirigées des sociétés .Liée au Soleil, spirituelle, personnelle ou affective, cette recherche deviendra mécanique et artificielle, avec l’avènement de l’horloge, qui découpe le temps en unités de plus en plus petites . Les modes de vies seront assujettis à la planification des «emplois du temps », appliqués à un groupe, une collectivité, qui participent à la réalisation de systèmes plus précis mais plus contraignants pour chaque individu. De raisonnements locaux, limités, au château, au village à la ferme nous sommes passés à des rapports avec la Province, le Royaume, la Nation, le Monde, qui nécessitent d’autres repères moins statiques. Le temps va épouser la vitesse et les phénomènes qui apparaissent en mouvements permanents.

Chronologiquement il est nécessaire de reparler de ces objets témoins de notre Passé :

   Depuis la plus haute Antiquité, une des grandes préoccupations de l'Homme, fut celle du Temps.

    Le soleil, les étoiles, l'ombre d'un objet sur le sol ou une surface quelconque autant de sujets d'observations, d'analyses et de réflexions matérielles ou philosophiques qui procèdent de phénomènes naturels accompagnant le développement des sociétés humaines . Observer les différentes positions du soleil à certains moments de l'année, examiner le renouvellement d'un cycle lié au retour d'une saison et à la longueur d'une ombre, furent parmi les grandes préoccupations des premières civilisations.
Les études géographiques nécessaires à l'orientation, puis au temps, naissent du Temple chez les Sumériens. Les Astronomes d'Assyrie et de Babylonie étudieront le déplacement apparent du soleil dans les différentes constellations et mettront en évidence la notion d’un univers régi par des cycles qui se répètent identiques à eux mêmes.
Les Egyptiens et les Grecs emprunteront à ces civilisations mésopotamiennes quelques éléments des connaissances acquises en ces domaines.
L'organisation du temps, "écoulement" du jour de la nuit de l'année etc.. évoluera avec les hommes, les besoins des sociétés et bien évidemment souvent de manière passagère et fictive. Le temps va petit à petit se fragmenter et se codifier.
J'aurais été heureux, durant cette investigation, de retrouver un cadran portatif romain , comme ceux qu'emportaient les légions durant leurs conquêtes , ou même un cadran des premiers monastères ... mais rien. Le temps efface tellement de choses  « PULVIS ET UMBRA »
Pourtant l'organisation spirituelle et matérielle de la vie du Moine, telle que l'a décrite J . Biarne dans son étude sur le Temps Chrétien, nécessite des points de repère pour l'application des différentes règles du Maître ou de Saint Benoît. La référence de départ de la journée peut être le chant du coq, comme chez les Romains Gallicinium, les moines chargés de déterminer cette origine sont appelés  Vigigallos. La journée, la durée du sommeil, les heures des repas et la position des offices peuvent être réglés à partir d'un cadran solaire, d' une clepsydre ou de tables déterminées .