Coulage du style 2
Coulage du style 1
Coulage du style
Une horloge solaire s’est installée sans bruit, au milieu du jardin pour rappeler le vagabondage des heures. Tous les éléments structurés autour de l’idée première d’un “espace Arche de la Nature”, sont régis ici par une autre unité fédératrice : le “Temps”. Non pas un temps organisé à partir d’une invention purement humaine : l’horloge mécanique. Mais en suivant et en interprétant les déplacements apparents du Soleil, premier régulateur de la vie. Nous pourrons ainsi nous baigner dans une atmosphère naturelle qui accompagnera notre démarche vers une recherche de l’authentique.
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Photos  G. Kervella et P.Deciron

Pour la réalisation de ce cadran j’ai “emprunté” des planches en hors-texte d’un livre du XVIIIe siècle “La Maison Pratique”. À partir de ces éléments de base, une scène a été  recomposée par Marcel Grison, en incluant les différents sujets qui évoquent ainsi une atmosphère de vie à la campagne, qui perdurera aux siècles suivants.
La Ferme de la prairie reflétant certains de ces thèmes avec la basse-cour, les chèvres, les ruches… J’y mets en exergue un village, dans le fond en haut, où la société est organisée dans une douce intimité, avec sans doute des vies simples, saines, où les habitants ne connaissent pas encore le “stress”. Le tout participant à une ambiance agréable au milieu de ce jardin potager bien organisé, où il sera facile de vérifier la saison, en fonction de l’état des plantes cultivées.
Cet espace y est aussi limité par les clôtures qui bordent les champs de cultures et de pâturages, des allées bordées de pommiers avec la production de ce fruit ayant ici sa fête annuelle. Le temps s’enfuit comme l’ombre
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Photo  Gilles Kervella

Mais un autre élément est un repère de temps, le faucheur qui nous tourne le dos, avec son symbole ambivalent de la faux, la moisson, la vie, puis la mort. Enfin une ruche avec sa société très organisée, la transmission de l’effort, l’espoir avec la pollinisation et la production du miel.
Le soleil y tourne, tourne aux sons du vieil accordéon d’un musicien occasionnel dont la jambe droite s’éternise sur les dernières heures de la soirée.
L’ombre est déjà passée, qu’avons-nous fait de notre temps ?
Nous resterons un peu géocentriques pour nous faciliter la tâche en utilisant le déplacement apparent du soleil afin de pouvoir parler de l’heure, du mois, de l’année.
Dans notre région, le soleil se lève à l’Est, culmine à midi au méridien du lieu, et se couche à l’Ouest. Ce qui d’ailleurs n’est vrai qu’aux équinoxes, mais n’ayons pas l’air d’être trop scientifiques, notre propos doit garder l’élégance de la simplicité. Le passage du soleil au méridien du lieu au moment où il culmine dans le ciel détermine le midi vrai, l'ombre d'un objet bien vertical éclairé par le soleil est alors dirigée vers le Nord.
Nous venons de parler de l’ombre, c’est elle qui nous intéresse !
Elle va nous donner la possibilité, en l’exploitant honteusement, de déterminer la journée, avec les heures diurnes ou nocturnes, qui régissent la vie de la ferme ou de la faune en général.
Les saisons, le jardin, avec les légumes variés en fonction des mois, la forêt et sa palette de couleurs selon les périodes climatiques durant l’année. Mais aussi l’homme, qui organisera sa vie, et malheureusement subira le temps. Tout est intimement lié, tout paraît naturel, puisque l’heure même est engendrée par le soleil, âme du cadran. Mais à qui a-t-on confié cette lourde tâche, ingrate souvent, de nous préciser “le moment” ? Au style, joli nom de la gnomonique, une tige en métal, l'arête d'un corps, qui va engendrer une ombre. Le nôtre sera réalisé dans les ateliers de la fonderie de Sainte-Jamme.
Instants assez émouvants, ceux qui accompagnèrent la réalisation de cette pièce de bronze. Du métal en fusion incandescent dans le cubilot et que l’on va transporter jusqu’au moule, va naître notre indicateur de temps. En dehors de la forme angulaire à respecter (angle égal à la latitude), Gérard Liberge a adjoint la tête d’un robuste cheval percheron: lui tracera le sillon… et gravera son temps.
J’avais peur, lors de la construction de ce cadran, d’apporter trop de détails qui nuiraient à l’ensemble de l’objet. Je me suis heureusement limité à des représentations classiques liées à “une année à la campagne”.
Pour une bonne visibilité de la lecture des résultats escomptés, les dimensions d’encombrement sont plus importantes que celles des cadrans classiques de jardins.
Les tracés sont effectués dans une ardoise octogonale de 1000mm d’encombrement avec des côtés de 190 mm. L’épaisseur en est de 30mm.
Apparaissent les heures, les 1/4 h les 1/2 h, les lignes horaires convergent toutes vers le centre.
Les chiffres horaires sont des chiffres romains. Bien qu’il fût possible de faire figurer d’autres heures entières, ne sont indiquées ici que celles allant de VI H du matin à VI H du soir. Heures solaires bien entendu.
Il y a deux lignes de XII Heures, car il faut tenir compte de la largeur du style en métal, le soleil à midi étant à la verticale du lieu, l’ombre a la même largeur que son arête.
Voilà donc pour l’horloge solaire, mais j’ai ajouté une autre figuration des époques de l’année. La ligne des équinoxes, les courbes du début de chaque mois, et pourquoi pas ? la position de différentes villes du monde. La ferveur prend naissance au soleil.
Pour la position des courbes du début de mois, nous allons être obligés de faire apparaître maintenant sur le style un point particulier grâce à une encoche. Elle sera placée de telle manière que la pointe lumineuse qui en sera la trace sur la table nous indiquera le moment de l’année.

Deux positions extrêmes sont connues. L’une au solstice d’été, correspondant à un soleil au plus haut dans le ciel, l’autre au solstice d’hiver où le soleil est le plus bas. Entre ces deux solstices nous tracerons les courbes des débuts de chaque mois de l’année. Il faut bien penser qu’il peut y avoir confusion, car par exemple, pour le début juillet, le soleil revient du solstice d’été et il y a symétrie dans les déclinaisons. Mais il y aura là matière à explications sur ces sujets et c’est bien là un des buts de la construction de ce cadran.
Ainsi tous les ans, la petite encoche plus claire qui tranche sur la ligne de l’ombre pourra parcourir successivement les différentes courbes établies.
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Photo P.Deciron
Nous allons maintenant signaler la position de différentes villes du monde où l’ombre du style indique le moment du passage du soleil à midi. Avant le Mans à l’Est, et après le Mans à l’Ouest, en tenant compte du fait que notre ville est à une longitude Est de – 0°12 par rapport au méridien origine.
Nous prenons leurs coordonnées géographiques officielles en longitude. En nous souvenant par définition que 15° d’angle est égal à 60 minutes de temps, donc 1° d’angle est égal à 4 minutes de temps, 1’ (minute) d’angle est égal à 4 secondes de temps.
Si vous en avez le loisir, arrêtez-vous devant cet objet, un jour de soleil. Regardez simplement cette “promenade” de l’ombre qui dès l’aube avait pris naissance à droite de la table, courir jusqu’à midi. Elle semblait s’y arrêter en se faisant plus petite, on pourrait croire même qu’elle se figeait en cet endroit. Il n’en est évidemment rien, elle y est de passage, et est déjà repartie.
Durant toute cette matinée elle a parcouru l’est de l’Europe de ville en ville : Téhéran, Jérusalem, Vienne, Berlin, Paris. Elle nous a indiqué qu’à son passage en ces lieux il était midi au soleil. Le midi d’ici
L’heure lue sur ce cadran est l’heure solaire de l’Arche de la Nature. Elle peut être parfois identique à celle que vous indique votre montre, 4 fois dans l’année, (15 avril, 13 juin, 1er septembre, 25 décembre). Mais restons “zen” selon la formule actuelle ; il peut devenir gênant parfois d’être trop précis. La terre est trop irrégulière dans son déplacement autour du soleil.
Oublions cette succession de lois qui depuis 1891 instaura le temps moyen de Paris, en passant par 1911 qui nous conduira au Temps Universel U.T. Se modifiera encore en 1916 avec l’heure d’été, suivie en 1976 avec l’heure d’été et l’heure d’hiver…pour arriver à constater enfin que la terre “ne tournait pas rond”. Fallait-il tant “d’épreuves” avant de savoir que nous vivions maintenant avec le Temps Universel Coordonné, qui lui est fourni par une vingtaine d’horloges atomiques en France, et que nous transmet la radio. J’ai honte maintenant, nous sommes loin de ce brave temps indiqué par notre horloge solaire. Suis-je en avance ou en retard ? Quelle importance ? La vérité n’est-elle pas la fille du Temps ?
Chacun voit “midi à sa porte”, nous avons maintenant une autre possibilité de connaître l’instant d’un moment vécu, et de manière naturelle, (j’allais dire écologique) au milieu de l’atmosphère de l’Arche de la Nature, profitons-en, il passe.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

 

 

 

 

 

 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



 

 

 

 

 

 



 

ARCHE DE LA NATURE
-Extrait de la revue Maine Découverte-