LLes calculs et dessins de la Méridienne.
Nous avons utilisé parallèlement :

a) M. Bouvet, le logiciel Blateyron pour le dessin de la courbe qui est imprimée sur des feuilles,  assemblées précisément, ensuite la courbe est décalquée sur une feuille de Gabarex) (Photo 11)

« On fera bien pour la pratique de tracer la Méridienne de temps moyen sur un papier dans toute sa grandeur. Pour cela on en collera ensemble plusieurs feuilles.  On tracera au milieu une ligne droite suffisamment prolongée, qui représentera la Méridienne du temps vrai. Pour cela on collera ensemble bout à bout du plus grand et du plus fort, qu’on étendra sur un parquet. On tirera au milieu une ligne droite suffisamment prolongée qui représentera la Méridienne du temps vrai. […] On trace la méridienne de temps moyen sur ce grand papier (Don bedos).

    
b) Avec le logiciel Solarium de M. Dallet, j’ai positionné le premier jour de chaque mois. Ces points repères seront d’ailleurs percés dans l’enduit pour bien en garder les traces

Photo 9-----------------------------Photo 10
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Cadran terminé
Photo 15------------------------------Photo 16-----------------------------------Photo 17
Photo 12
Photo 11

Réalisation de l’enduit :

Composition : le mortier est réalisé avec du sable fin 0/2mm de la carrière de Fercé et une petite quantité de sable rouge  puis de la chaux blanche Natural dans des proportions de 2.5 pour 1 de chaux.(Photo 12) 


Avant de commencer tout traçage sur l’enduit, il nous a semblé bon de nous assurer de la véracité de nos calculs. En positionnant le calque de la méridienne sur l’enduit, afin de vérifier que le point lumineux issu de l’œilleton du soleil métallique serait bien sur notre courbe au midi moyen, le jour de notre anxieuse observation.


Armés d’une montre à aiguille, pour visualiser l’espace-temps, et d’un téléphone portable où l’horloge parlante nous indiquera l’instant précis du Midi U.T.C.  Après avoir ‘affûtés’ nos  calculs, tributaires de l’équation du temps au jour dit, et des 48 secondes liés à la longitude  du Mans. Nous attendions ce moment solennel du passage du soleil à Midi, en nous postant au plus près du calque. La vitesse du  déplacement du point lumineux sur la table nous donne déjà là, une autre notion, presque palpable  de l’écoulement du temps, et elle fait peur. Mais ne dit-on pas le Soleil  régulier et la  Terre variable dans son déplacement. Bref le point lumineux eût ce jour-là une minute d’avance ! Fallait-il crier au scandale ? Ou tout simplement attendre que le temps passe, car nous étions sûrs de nos calculs. Puis une minute d’avance en 1777, dans ce monastère au milieu d’un espace de silence et de prières… le temps était passé - 23 septembre (Photos 13 & 14).

Photo 13
Photo 14
Photo 14
Photo 13
Photo 12
Photo 16

Les traçages :


Nous commençons les gravures de ce cadran par  ses lignes de pourtour. Elles nous permettrons  de positionner en abscisses et en ordonnées les lignes horaires issues du centre. Puis   la ligne verticale de midi (Photo 15).


Avec l’introduction du calque représentant la méridienne, dont le dessin  est réalisé par Gérard Bouvet à l’aide de son  logiciel, mais dans l’esprit de ce qu’indiquait  Dom Bedos :
« Avec la pointe d’un canif (ou autre) on découpe la ligne à jour en faisant une fente de la largeur d’une demi-ligne, pour que la pointe d’une mine de crayon puisse passer à travers. On y laissant de distance en distance de petits espaces sans être découpés, afin que le papier puisse se soutenir. On fera une petite ouverture à chaque endroit où il faut poser la première lettre du nom de chaque mois : on fera d’espace en espace des trous de trois ou quatre lignes en quarré le long de la Méridienne de temps vrai. […] On applique ensuite l’ensemble sur le mur en faisant coïncider les lignes de la Méridienne de temps vrai  tracée sur le papier avec celle du mur. […]Le papier étant bien fixé sur le mur, on passera  le crayon à travers la découpure de la courbe de temps moyen. On marquera aussi un petit trait qui désignera le commencement de chaque mois à travers les trous que l’on avait fait pour cela.


Nous perçons dans l’enduit à travers le calque les repères du premier jour de chaque mois. Nous positionnons avec précisions le dessin de la courbe en 8 en pointant  régulièrement son tracé avec un outil pointu, (comme avec un poncif) (Photo 16).


Ensuite est exécutée la gravure des différentes lignes horaires, limitées au cadre et à la courbe du  croissant (Photo  17).


Grâce à un ensoleillement permanant, des contrôles sont effectués avec les ombres solaires, in situ durant 3 journées. Résultats assez fiables à + ou - 1 minute, pour les  1/2, 1/4,3/4 et heures. 

Photo 17            Photo 17          Photo 18

Peintures :


Tout d’abord  pour la table  du cadran :
« il convient que ce foit un bleu clair, de la même couleur que le ciel, dont le cadran est la représentation ». (selon Bedos)
Les lignes horaires de ce cadran seront de teinte Noir de vigne. Les ½ h  terminées par une flèche et les ¼ h  agrémentés d’un trèfle ocre jaune.
Quant aux chiffres  de couleur Noir de vigne, " Il convient de dire ici que la meilleure proportion pour ces chiffres horaires, qu'on fait le plus ordinairement Romains, eft de leur donner le double plus de hauteur que de largeur , on les dessinera au crayon , leur donnant une grandeur & un corps suffifant , felon l'élévation où fe trouve le cadran’’ .
  Notre  croissant, qui procède d’une  étude de couleurs de M. Nicolas Gautier est d’un dégradé d’ocre rouge à ocre jaune ; avec un rehaut de jaune de cadmium clair et foncé.


Mise en place des couleurs :


Cette dernière phase de la rénovation, est agréablement effectuée par Jean-François Sineux7 . A partir de l’implantation d’un cadre de pourtour (Photo 18), introduction  comme dans ‘un tableau’ où vont apparaître successivement :
Le croissant (Photo 19), la préparation du cadre (Photo 20), la date de la première réalisation 1777 (Photo 21). Les lignes horaires, agrémentées pour certaines,  par une flèche pour les demies,  ou un trèfle pour les quarts (Photo 22).


Photo 18---------------------Photo 19------------------Photo 20-------------------Photo 21---------------------------
Photo 20    Photo 21    Photo 22    Photo 23    
Photo 22-----------------------------------Photo 23
Photo 25    Photo 26

Et enfin la méridienne :

« Afin que la Méridienne du temps moyen ne présente rien de confus à la vue, il sera bon de peindre la courbe, & les noms des mois, en rouge à l’huile, composé avec du brun rouge d’Angleterre mêlé avec du cinabre & de l’huile de lin ou de noix préparée & rendue siccative comme le pratique les peintres »(Dom Bedos) (Photo 23).

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Notes :


1 Madame Sylvie Granger Maitresse de conférences en Histoire Moderne, Université du Maine, le Mans.

2 Gnomonique Pratique par Dom Bedos de Celles édition de 1780.

3 Directeur de la Médiation Scientifique et de l'Education d 'Universcience  (Palais de la découverte - Cité des Sciences et de l'Industrie), Denis Savoie, astrophysicien, a dirigé le planétarium et le département d'astronomie et d'astrophysique du Palais de la découverte à Paris.

4 Entreprise Pavy avec laquelle nous travaillons depuis l’origine des différentes sauvegardes de cadrans.

5 Le Mans Métropole - Ville du MANS. Service Architecture et Patrimoine Bâti. Immeuble Maine 2000 - Place des Comtes du Maine

6 Travail réalisé par les Ateliers Duchemin Forge & Bronze . Le Mans.

7 www.ateliersineux.com  Argentan.

Ce cadran, de 3.90m de hauteur et de 3.10m de largeur, fut terminé le vendredi 13 octobre 2013 et comporte en bas à droite la date de sa réhabilitation.

Confection des différents éléments du dessin :


  Il n’est pas question de refaire un dessin comme je le faisais il y a une trentaine d’années, dommage. L’apparition progressive de l’horloge solaire sur la planche était une grande satisfaction et donnait déjà une première dimension au temps. Il faut bien l’avouer parfois l’exactitude de la main et du trait n’étaient pas toujours de connivence, et cette méthode de réalisation devenait’ ringarde’ pour les adeptes de l’informatique et de ses logiciels.  Les temps changent mais nous nous adaptons…

 Les angles horaires et leurs positions dans le cadre :

Effectués par G.Bouvet. Avec le calcul des angles, logiciel Blateyron, et introduction dans un logiciel de dessin. Ce logiciel réalise un dessin qui s’exporte au format DXF et est récupérable par la plupart des logiciels de DAO. A l’aide du logiciel GraphicWorks le cadran solaire est dessiné à l’échelle avec tous les détails. Cadre et inscriptions puis lignes horaires sont importés et positionnés précisément sur la table. Pour ne pas faire d’erreur un plan est réalisé avec les cotations pour chaque type de lignes : un pour les lignes des heures, un pour les demi-heures et un pour les quart-d'heures (Photos 9 et 10).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Photo 7

Le soleil doré est descendu pour remise en état6. Les parties oxydées seront nettoyées, traitées avec un anti oxydant et redorée à la peinture. Nous n’avions pas les finances pour le refaire entièrement à la feuille d’or ; mais nous prolongeons l’existence de la couche appliquée précédemment (Photo 8).

Photo 9
Photo 1---------------Photo 2-----------------Photo 3--------------------Photo 4---------------Photo 5------------------

Photo 8

  Cadran en 2007  image 3  image 4  image 5  

La dégradation rapide du cadran de l’Abbaye de la Couture à partir de 2007, nous obligeait à intervenir. En novembre 2007 une première démarche est entreprise auprès de la mairie du Mans, propriétaire de cet édifice. Madame S. Granger1, alors déléguée au patrimoine au sein du conseil municipal, participe à la constitution d’un dossier. Mais aucune suite n’est donnée au projet.  Il faut attendre septembre 2011 pour que le sujet de la réhabilitation soit remis à l’ordre du jour. Une délégation de gnomonistes, scientifiques d’Universités, Américains et Anglais étant venus visiter en Touraine et dans la Sarthe, les sites d’implantations de cadrans solaires; une réception fut organisée en son honneur. Au cours du traditionnel vin d’honneur à la mairie du Mans, je demandais à M. le maire la suite qu’il entendait donner au  projet que je lui avais soumis quatre ans auparavant. La réponse me  fut agréable « vous représenterez un dossier auprès de mes services ».

Il me fallait reprendre le dossier au complet, car depuis 2007 le projet du dessin lui-même, ne me semblait pas être réaliste. Suivre Dom Bedos avec le dessin du cadran qu’il avait réalisé pour l’abbaye de Saint-Denis2 en 1765, était une mauvaise idée. En plus, je n’avais aucune preuve d’une telle réalisation au Mans. Les traces anciennes sur les photos de 1962et de 1984 ne m’incitant pas réellement à poursuivre cette voie.

J’envisageais dorénavant la mise en place d’un cadran plus simple que celui du dessin de St Denis et sans décors. Dans le stock des photos que nous possédions, réalisées il y a une vingtaine d’années, les deux cadrans du village de Villedieu le Château  retenaient notre attention. Nous décidions, avec Gérard Bouvet de nous inspirer de ces cadrans qui semblaient être dans l’esprit de Bedos.  En plus ils étaient établis sur les murs d’une maison au sein  de l’ancien prieuré bénédictin et portaient la date de 1784.

Projet de réhabilitation la Couture 26-11-2012


Ce chemin commence avec une lettre à Monsieur Nicolas Gautier, Architecte des Bâtiments de France, pour lui soumettre un nouveau dossier. Le changement d’orientation depuis 2007 m’ayant permis d’approfondir l’étude avec l’aide de notre ancien Président de la Commission des cadrans solaire de la Société Astronomique de France3et du Président actuel Monsieur Philippe Sauvageot. Nous pensions qu’il serait préférable de réhabiliter le cadran de la Couture selon l’esprit des différentes propositions effectuées par Dom Bedos dans ses éditions successives.
Dom Bedos avait-il prévu une courbe de temps moyen (courbe en forme de 8) ?  Nous nous  proposons de la faire apparaitre sur le  cadran futur.
L’approche, proposée à partir des photos prises à Villedieu-le-Château, quant aux cadres et aux couleurs, pouvant  être une base de départ pour l’étude de la réhabilitation, nous demandons à l’atelier Sineux Frères un nouveau devis.
D’où la constitution d’un dossier principal avec les photos significatives d’une telle démarche. La première photo (1) datant de 1984, avant la dernière restauration, est malheureusement en ‘noir et blanc’ et ne conduit pas à un éventail d’interprétations. Mais elle est… et le cadran continue à  ‘vivre’.
La deuxième photo 2 est celle du cadran restauré en 1984. La simplicité de l’ensemble est conforme à l’allure générale reconnue sur la photo précédente. Mais cet aspect s’éteindra petit à petit depuis 1995,  pour nettement s’accélérer entre 2005 et 2011 où seules apparaissent encore les parties gravées 3. La photo 4 correspond à la proposition du nouveau cadran.
La photo 5 est celles du cadran de Villedieu-le-château. Les couleurs des moulures des cadres sont prises comme références pour la mise en page d’un éventuel nouveau décor

La mise en place du nouveau cadran


Un plan d’action peut être envisagé entre les services de la mairie, des Bâtiments de France, et l’entreprise Pavy4, 5 grâce à la coordination effectuée par M. Etoubleau. Un échafaudage est mis en place début juillet.

Une première réunion est fixée le 24 juillet 2013,  au sommet de l’échafaudage sont présents au rendez-vous Mrs Denis Savoie, Gérard  Bouvet,  Jean-François Sineux, Gérôme Hardouin. Les difficultés de la réhabilitation gnomonique sont évoquées dès le début. Si la déclinaison trouvée est exacte, le style ou la soustylaire sont faux (ou les deux), et ceci peut-être, selon M. Savoie, depuis l’origine de la confection de 1777. Des doutes sont exprimés par G. Bouvet sur ce même sujet. Une recherche doit être entreprise avant tout traçage. Le cadran  actuel devant être piqueté la semaine prochaine des mesures doivent être renouvelées sur le nouveau support (Photo 6 ci-contre)
Photo 8

Les premières difficultés prévues, mais qui doivent être corrigées

Le gros problème rencontré est l’alignement des trois parties du style, celle comprise entre le point S (sommet de la pointe du style) et le cercle A support  (légèrement cambré), enfin celui de la tige depuis le cercle, jusqu’au centre du cadran C

Nous avons redressé l’alignement des trois points S, A, C ; modifiés en 1 et 2 les pattes de scellements du style.
Mais il nous est impossible de déposer complètement tout cet ensemble ; le travail demandé au métallier, l’immobilisation de l’échafaudage et les coûts engendrés, sont au-dessus de nos possibilités financières.
Il y aura donc, en fonction de la déformation constatée seulement entre le cercle A et le point  C, une légère cassure sur la ligne des heures.  Le cadran était donc faux,  mais avec ces modifications il  sera plus acceptable. La position du trou de l’œilleton sera exploitable pour la méridienne (photo 7).

image 6
Photo 6

Les étapes :


Il est nécessaire de vérifier les mesures de la déclinaison du mur (orientation exacte). Relever les cotes d’encombrement du cadran, ainsi que toutes les traces exploitables de l’ancien cadran encore présentes. Nous pourrons alors effectuer le piquetage de la surface de la table, d’une profondeur nécessaire à la confection du nouvel enduit.
Ce dernier se réalisant en deux phases : un dégrossi destiné à dresser la surface et un enduit fin d’environ 8mm à 1cm. Surface bien à plomb en tous sens.


 

ABBAYE DE LA COUTURE
- Restauration -