Après l’appel effectué par la Commission Culturelle du Département afin de répertorier et de sauvegarder  les cadrans solaires de la Sarthe, Monsieur le Maire de Spay a bien voulu me contacter pour me signaler la présence de deux cadrans solaires sur le presbytère de sa commune. Ils furent les deux premiers cadrans que j’allais faire réaliser avec le minimum de connaissances indispensables en ce domaine.


Pour me familiariser avec cette "maison" une petite enquête dite historique était nécessaire, j’emprunterai dans les recherches de l’abbé P. Daumas quelques phrases significatives. Du Presbytère, peu à dire, si ce n’est de reprendre l’expression de la revue du « Touring-Club de France dans son numéro de septembre 1977  « ravissante maison du curé du  XVIIème  comportant à l’extérieur deux cadrans solaires- malheureusement très endommagés- sur les façades Sud-Est et Sud-Ouest, et à l’intérieur un bel escalier en bois à balustre (XVIIème) . Les archives départementales dans le dossier 14 F 3, me  donnaient encore un indice quant à la possible datation des cadrans anciens : « en 1749 remise en état de la maison du vicaire en faisant les enduits dehors et dedans […] nous luy donnons plein et entier pouvoir de faire toutes réfections et réparations nécessaires de la dite maison »
Je suis donc allé dans ce village le 12 octobre 1987 afin de les examiner.

Les deux cadrans façade et pignon, avant et après.

Pour mener à bien une remise en état des cadrans il me fallait beaucoup plus d’éléments, mais les traces conservées in situ pouvaient déjà constituer de très bonnes bases. Il fallait faire vite car la réhabilitation était liée au piquetage général du presbytère et l’entreprise locale de maçonnerie voulait commencer ces travaux.


Le 11 janvier 1988 les échafaudages sont installés, je peux relever des cotes, enlever les style-axes pour les faire nettoyer.


1ercadran pignon :
Entre deux fenêtres on devine les traces de lignes horaires et l’encombrement de la table, un style-axe en fer forgé ayant la forme d’un serpent. Quelques lignes horaires apparentes, mais peu précises. L’état de la surface est lamentable. Donc il  peut disparaître.


2èmecadran façade
Par contre là peu d’indices. Un style-axe de même nature que le précédent : fer forgé, forme de Serpent. Pas de lignes horaires visibles. Les deux serpents sont enlevés. A partir de ce jour j’ai commencé l’étude proprement dite, en fonction des notes prises ; ne connaissant pas le dessin ancien du cadran, je décidais de refaire un cadran ayant le même encombrement que celui du pignon,  de le centrer entre les deux fenêtres, et d’y ajouter des demi-heures.

C’est donc bien dans l’esprit de Dom Bedos qu’il fallait traiter ces dessins. A cette époque je réalisais les dessins des positions des lignes horaires par la géométrie et la trigonométrie.
Le cadran de la façade fut réalisé, pour les tracés, le 20 mars 1988 avec beaucoup de difficultés. Mais les travaux de maçonnerie sont terminés. Les calculs, avaient été vérifiés par M.Rosensthil, membre du club d’astronomie de la faculté du Mans, qui participa également au scellement du style, sous ‘une pluie battante’ !
Nous reprendrons le chantier le 8 aout, pour terminer l’ensemble du chantier avec un magnifique soleil, mais une température de 30°, armés de règle de plâtrier, d’un compas de charpentier, de crayons…nous sommes mon fils et moi des apprentis cadranniers, mais nous réalisons tous les tracés dans la matinée ! Ce qui nous a permis  de contrôler les positions de l’ombre sur les lignes horaires. Nous reviendrons en début d’après-midi pour constater que les deux cadrans indiquent bien midi solaire en même temps ! Tout va bien. Nous reviendrons en début d’après-midi pour constater que les deux cadrans indiquent bien midi solaire en même temps ! Tout va bien.  Le peintre M. Péan pourra terminer l’ensemble.
Ce furent là nos débuts, heureusement nous perfectionnerons nos méthodes, en les rendant plus strictes et conformes aux réalisations employées au XVIIIème avec l’emploi de la « fresque » entre autre et  en restant le plus près possible de la Gnomonique Pratique de Dom Bedos de Celles. Puis plus tard toute ces tâches furent confiées à l’entreprise Pavy et Monsieur Bouvet, qui voulurent bien « jouer » avec moi dans ce domaine.
e particulier de la restauration des cadrans solaires.

Cadran façade
Cadran pignon
Le dessin des deux style-axes (23°11 et 32°36) et les photos des style-axes

Les  styles

Quant aux ‘Styles’ en fer forgés que fallait-il penser de la forme et du symbole ? Evidemment les souvenirs de l’Egypte sont venus tout de suite puisque je n’avais rien trouvé d’autre. Apophis (ou Apopis, Apep, Aâpep), dont il est dit que le corps, long de 52 mètres (ou 100 coudées), est riche de nombreuses sinuosités, est un serpent maléfique de la tradition égyptienne. Mais encore « chaque nuit, Apophis essaie-t-il d’empêcher le Soleil, symbolisé par la barque de Rê, de reparaître au matin. A l’aube et au crépuscule, Apophis sort pour essayer de renverser la divine barque solaire de Rê. Chaque nuit recommence ce combat titanesque entre les forces de la Lumière et celles des Ténèbres, rappelant qu’’en ce monde tout est provisoire et que le combat contre les forces du Chaos est à renouveler sans cesse »


  C’est ainsi que débuta la première réhabilitation des Cadrans solaires de la Sarthe


Ma première difficulté fut l’adoption de la terminologie des termes employés. La commission ayant adopté le mot Style comme partie d’un cadran qui porte ombre sur une surface où sont tracées les lignes et les courbes. J’ai employé souvent le terme de style-axe, (comme C.Boursier), combinaison des définitions de Dom Bedos : Style tige de fer dont le sommet ou l’extrémité supérieure montre les heures par son ombre, alors que l’axe marque l’heure par toute sa longueur. Dans les relations avec les architectes et les maçons le mot style, seul, peut prêter à confusion.

 

SPAY

-Réhabilitation du cadran du presbythère (1987)-