Photo 2 : le mécanisme

Le grand style métallique oublié dans l’horloge !


Nous sommes au Château de Vaulogé, et plus particulièrement à la chapelle seigneuriale familiale Saint-Henry. Blottie le long d’un plan d’eau alimenté par la Gée, elle est le fruit de nombreuses reconstructions depuis le XVIe siècle. Le cadran solaire étalon pouvait se situer sur un bâtiment voisin bien exposé au soleil, les dernières transformations ne nous permettant plus d’être affirmatifs quant à sa localisation. La tige métallique qui nous est parvenue est accompagnée d’un œilleton qui augmentait la précision de l’ombre portée et permettait de mieux apprécier sur la table le moment du midi. Ajoutons que le toit de la chapelle est surmonté d’un élégant campanile abritant une petite cloche vénérable, sur laquelle un marteau actionné par l’horloge sonne les heures ! Nous avons là un ensemble idéal de ponctuations du temps. La liaison était faite : j’avais le style du cadran solaire, l’horloge mécanique, et la cloche pour annoncer l’heure.

mécanisme nettoyé
Horloge du chateau de Vaulogé

L’ensemble fait penser à un décor de poupée. Son mécanisme n’est pas souvent remonté, aux dires de notre hôtesse, qui précise que cette horloge sonne bien les heures, mais que son signal sonore n’ose pas l’empêcher de dormir ! Est-il besoin de connaître l’heure en permanence dans ce lieu paisible où aucun bruit, en cette matinée ensoleillée, ne vient distraire nos interrogations ? Nous sommes encore au temps du cadran solaire, moments de félicité !


Photo 1 : G. Kervella
Photo 3 : l'armoire de protection. G. Kervella

Le temps des horloges


Durant les réhabilitations de cadrans solaires, j’ai souvent maudit ces mécaniques bruyantes, je les ai même contestées, quand elles n’étaient pas à l’heure. J’ai supporté le bruit des cloches quand la hauteur des échafaudages me mettait en “communion” directe avec elles, pour les quarts, demies, et heures. Il m’est arrivé deux fois, au sommet d’un échafaudage, d’être contraint de subir le vacarme des cloches qui annonçaient l’entrée du cercueil dans l’église lors d’obsèques. Il fallait bien quand même que “je remette mes pendules à l’heure” et que je m’intéresse sérieusement, autant que faire se pouvait, à cette mécanique nouvelle issue d’une “invention humaine”.
Monsieur Brier, ancien horloger de la Fontaine-Saint-Martin, avait remis en état cette horloge. Il allait devenir mon mentor grâce à la description qu’il m’en fit :
« L’horloge est entièrement en fer, elle mesure 0,50 de haut, 0,45 de long et 0,36 de large. Quelques traces peuvent laisser supposer qu’elle a été transformée et qu’à l’origine c’était un échappement à foliot. Elle est munie d’un échappement à verge et roue de rencontre actionnant un pendule suspendu par une cordelette. Il y a deux sortes de pignons : pour le mouvement ils sont taillés et pour la sonnerie ils sont “lanternés”. Les rouages tournaient dans le fer, sans aucune garniture. Au cours des réparations successives, afin de réparer l’usure, il a été mis des bouchons de laiton. Le mécanisme fait tourner une seule aiguille, qui met douze heures pour faire un tour de cadran. Ce détail indique que l’horloge est ancienne : au début on a imité le cadran solaire qui lui n’avait qu’une seule aiguille. Aucun moyen de mise à l’heure n’a été prévu, il faut attendre l’heure indiquée au cadran pour mettre l’horloge en marche. Le pendule ayant été appliqué aux horloges vers le milieu du XVIIe, par Huygens, on peut dater cette horloge, dans son état actuel, de la seconde moitié du XVIIe, par contre l’aiguille unique ramène à une époque antérieure. Le mécanisme de sonnerie à roue de chaperon actionne un marteau qui frappe sur la cloche toutes les heures. C’est un mécanisme sans délai, la sonnerie part dès que la goupille d’arrêt est dégagée. Inscription relevée sur la cloche : VOLOGER 1580 DE BONNE HEURE ».

Cette petite horloge discrète est protégée par une armoire étroite, avec deux portes exiguës, opposées ; le fond est agrémenté d’un fronton style Louis XV, la balustrade, la frise, les pinacles, sont dans l’esprit troubadour de Viollet-le-Duc et de Delarue. L’on y accède par un escalier de meunier aux larges marches.
Armoire protégeant le mécanisme

 

CHATEAU DE VAULOGE
-du cadran solaire à l'horloge mécanique-

(extrait de la revue "Maine Découverte")

 

Le décompte de l’heure est partout dans nos vies accélérées.  A nos poignets, bien sûr, mais aussi dans nos voitures, près de nos lits, sur nos fours et même sur nos cafetières !
Il n’en a pourtant pas toujours été ainsi. La nature et son soleil chaperon rythmaient la vie des hommes avant que certains d’entre eux s’appliquent à matérialiser le temps grâce à des mécaniques de plus en plus sophistiquées.
Si le cadran solaire fut pour moi un silencieux et délicieux conteur du temps, je n’oublie pas qu’il en fut également, historiquement, le régulateur indiscutable durant la mise au point des horloges mécaniques. Le hasard voulut un jour que cette étroite connivence fut matérialisée grâce à la découverte, à l’intérieur de la cage même d’une horloge, de la présence d’un très grand style-axe en métal, provenant d’un cadran solaire voisin disparu. Ce témoin d’un passé presque inavouable s’était laissé piéger. La pendule mécanique ingrate avait triomphé et abandonné son guide.